… capitaliste où les plus riches s’enrichissent et les plus pauvres s’appauvrissent. Dans une société où pour exister, il faut consommer et donc dépenser. La plupart du temps on trime pendant un mois pour voir son compte en banque créditer d’un salaire, puis on échange de l’argent issus de ce compte contre des objets de consommation. Un stylo plume, un téléphone portable, un aspirateur, une voiture. Une maison à 300 000 €. Ben oui c’est cher une maison de 90 m² en Ile-de-France ! Tout cela fait de nous des consommateurs fous et matérialistes. Contaminés par la maladie incurable de la grande consommation qui dévore et mâche chaque jour des tonnes du plus grand polluant de la planète : le plastique.
Bien qu’un peu philosophe et contestataire du système à mes heures perdues, je fais moi-même partie du grand monde de la consommation et je subis régulièrement comme tout un chacun, une montée ponctuelle de fièvre qui ne peut se traiter que par l’acte d’achat. Ces fièvres étant toutefois limitées à 1 à 2 par an, fort heureusement. Ces dernières années, sont ainsi rentrés dans mon Capital : un écran plat 97 cm Full HD TNT intégrée, une console de jeux, un aspirateur vapeur qui pèse 10 tonnes, super fastidieux à nettoyer et qui prend la poussière dans le garage, un nouvel aspirateur mais pas vapeur (le meilleur rapport qualité prix de chez Darty)… un piano !
Dernier achat en date : un nouveau VTT. Vue l’ampleur de la dépense, non négligeable, à placer dans l’addition de futurs travaux d’aménagement de combles, la nécessité de revendre mon ancien vélo se fit rapidement sentir.
C’était en 2004, nous venions de nous installer dans notre première maison de Louvres. Il me semble que j’avais reçu des bons d’achat entreprise et nous avions décidé de nous « équiper vélo ». Premier réflexe du sportif du week-end : Décathlon. Un VTC pour madame, un rock-rider pour monsieur, un grand classique. Je me rappelle avoir hésité avec le modèle de la catégorie supérieure. C’est toujours le même cirque, après avoir réalisé une impitoyable étude de marché et sélectionné LE modèle idéal, voilà que celui situé juste au dessus (techniquement et donc financièrement) se met à me faire terriblement de l’œil. Mais à l’époque j’avais résisté. Nous avions investi dans les casques, l’antivol, puis chargé difficilement les deux vélos dans la 307 sans avoir anticipé les contraintes géométriques du sujet.
7 ans de bons et loyaux services, 7 ans de vacances de tout type et de tout temps. Les châteaux de la Loire, la campagne lotoise, le bassin d’Arcachon…
Nettoyé, astiqué entièrement dans l’obscurité du dimanche soir, après une ultime sortie aux alentours de Louvres, mon biclou bleu et blanc me semblait avoir retrouvé lundi matin un second souffle, une seconde vie. Je le déposais, l’estomac un peu noué, au Trocathlon de Compiègne pendant la pause de midi de ce même lundi.
Tout à l’heure, je fis un saut sous la tente et aperçus mon beau vélo bleu et blanc toujours exposé à la vente. Après une visite un peu longue dans le magasin afin d’y conforter ma nouvelle étude de marché impitoyable sur les vestes d’hiver et les gants de VTT, je ressortis un peu distrait et me dirigeai vers ma voiture. En chemin j’aperçus un père de famille essayant de charger un vélo dans son monospace familiale. Je vis dépasser la fourche bleue. « Tiens ! Mon vélo ! ». J’échangeai quelques mots avec le bonhomme, qui semblait plutôt fier de son affaire… « C’est pour mon fils ! »
Je ne versais pas de larmes, mais le cœur y était.
Au moins je sais que ce soir il y a deux yeux qui brillent.

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