… je voulais être tranquille, mais il semblait que cela fût impossible : je m’écorchais la peau sur le monde comme sur du verre brisé; je ne cessais d’avaler délibérément des hameçons, puis d’être étonné lorsque je m’arrachais les entrailles par la bouche”.

Voilà bien une phrase qui pourrait à elle seule symboliser l’intégralité du Goncourt 2006 de Jonathan Littell, “Les Bienveillantes”. Difficile pourtant de résumer 1 500 pages d’un roman à part, ne pouvant laisser indifférent et narrant l’histoire de Maximilien Aue, un officier SS plongé au coeur du processus d’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. D’une minutie et d’une précision effarante, le livre condamne immédiatement à l’abandon quiconque n’accepterait pas l’immersion dans les méandres d’un système inconnu du grand public, celui de l’administration militaire et SS du 3ème Reich dont les ramifications et les subtilités d’organisation sont d’une complexité assommante.

D’autre part à l’approche de l’ouvrage, le lecteur non averti se doit de placer son humanité et sa sensibilité la plus élémentaire au placard, condition sine qua non afin de survivre aux 300 premières pages, véritable revival de la “Shoah par balles” en Ukraine, qui sont d’une indicible atrocité. Plus loin dans le récit, l’épisode de Stalingrad fait figure d’une promenade de santé, c’est pour dire… Empêtré dans les fosses d’exécution aux cotés des commandos d’Einsatzgruppen, je passai quelques nuits assez cauchemardesques et redoutai alors l’écoeurement total, avant de surmonter l’épreuve avec un courage un peu honteux (mon père, lecteur parallèle lui, a jeté l’éponge).

La suite est pourtant passionnante. Au coeur du Caucase, l’industrie exterminatrice nazie est confrontée à une multitude de peuplades aux origines, langages et cultures ultra-diversifiés, bouillonnant dans la marmite du métissage et du mélange des peuples. Parmi eux, les Bergjuden, juifs des montagnes. L’extermination systématique des juifs et opposants au régime (avérés, supposés ou même arbitrairement désignés) n’est pas sans effet sur les populations et les enjeux locaux. Or pour la Wehrmacht la sureté et le maintien de la sécurité (militaire mais aussi politique) au coeur des territoires conquis est indispensable pour l’avancée du front. Dans ce sens, l’extermination des Bergjuden n’est pas sans risque. Mais s’agit-il vraiment de juifs ? Un débat improbable (historique, culturo-linguistique, presque philosophique) s’engage entre Wehrmarch et SS dont les intérêts s’avèrent rapidement divergents.

Dans le contexte de revers que subit alors l’Allemagne (Russie, Afrique du Nord), les tensions entre administrations SS et armée ne font que s’accroître. L’économie de guerre est en pleine crise, des milliers de soldats tombent au front, et l’appareil nazi doit alimenter les multiples ramifications de son organisation armée affaiblie de toutes parts. Comble du comble au coeur de l’atrocité : alors que les SS gazent en masse les juifs dans les KonzentrationsLager, la nécessité de sélectionner et de sauvegarder les prisonniers les plus vaillants pour faire tourner l’industrie allemande vient notablement perturber l’impunité des acteurs du génocide, qui avaient jusqu’ici carte blanche pour étancher leur soif de mort…

Attaquant le dernier tiers du roman (je n’avais jamais autant lu de ma vie…), une curiosité entêtante et un intérêt presque malsain m’amènent à me poser de nombreuses questions. Bon Dieu, mais quand même… Comment peut-on en arriver à haïr et craindre une religion, un peuple tout entier, hommes, femmes, enfants et vieillards, au point d’en exterminer entre 5 et 6 millions en quelques années ? Ca dépasse l’entendement. Et tout cela amène à une question fondamentale que je me pose depuis des années : au final, qu’est-ce qu’un juif ?!

Dans un de mes magasins culturels favoris, un grand réassort a récemment modifié l’organisation des rayonnages. La zone consacrée aux livres, tous types confondus, est gigantesque. Le rayon Histoire est à lui seul un vivier. Les ouvrages consacrés à la seconde guerre sont infiniment nombreux et je ne cesse de me perdre parmi romans, récits ou biographies de personnages historiques. Je sors un énorme volume intitulé sobrement “Hitler” et observe un peu effrayé le portrait à la mine sévère du dictateur. A coté il y a tout un tas d’ouvrages consacrés à Himmler, Rommel, Göring, Eichmann, Goebbels, et de manière un peu inquiétante, beaucoup moins à De Gaulle, Churchill ou Montgomery… Un peu plus loin encore, d’innombrables “beaux livres” consacrés à la Wehrmacht et aux différents corps d’armées nazis. Nul doute que l’horreur n’a de cesse de fasciner ceux qui ne l’ont pas vécue.

Sur internet j’avais repéré un ouvrage dont les commentaires étaient dithyrambiques. Pourtant la base de la recette ne semblait pas très favorable : “Sonderkommando : dans l’enfer des chambres à gaz”. Je restai perplexe devant mon écran, me demandant si ce genre de lecture pouvait m’apporter quelque chose, au-delà de la simple “prise de conscience”. Est-ce vraiment un devoir de citoyen du monde que de lire ce type d’ouvrage, ou bien peut-on s’en abstenir à toute bonne fin psychologique ? De toutes façons, il n’était pas vendu dans le magasin. Je me serais mal vu passer à la caisse, avec un titre pareil. J’imaginais déjà la caissière me jeter un oeil mi dégoûté, mi inquiet, en scannant le code barre. Pire que d’acheter une revue porno. Enfin je pense.

Oui Madame, l’horreur fait vendre. Il n’y a qu’à voir ce “journal” vendu en kiosque qui relate les pires meurtres et les illustre de photos sanguinolentes. Tout cela me rappelle une expérience vécue il y a environ dix ans. J’empruntais un bus qui reliait Nanterre à Rueil, lorsqu’à mi parcours le véhicule fut stoppé : un accident venait manifestement de se produire un peu en amont. J’étais coté gauche et la scène s’était produite coté droit, offrant à la moitié droite du bus un observatoire privilégié de la chose. Dans ce genre de situation, j’aime rester impassible et indifférent et observer les autres, en essayant d’avoir une traduction, une vision indirecte de l’évènement dans leur comportement, sur leur visage : toute la moitié gauche du bus, sauf moi, se rua donc contre les vitres opposées pour “voir”. Les bonnes femmes ne purent s’empêcher de jeter un oeil à la scène, mais reculèrent et détournèrent immédiatement le regard en criant de dégoût. Ben oui, tu n’avais qu’à pas regarder greluche. Moi au moins je passerai une bonne nuit.

En parlant de nuit, il est tard, et j’ai encore plus de 500 pages de génocide qui m’attendent.

… ou à Liszt en parlant de romantisme musical.

Nocturnes et valses… Préludes. C’est vrai, il faut reconnaître que le prélude en Mi mineur de Chopin, “Suffocation”, a de quoi remuer l’estomac et appeler aux larmes, comme si à un moment ou à un autre de notre vie (une minute, un heure, un jour…), ce très court morceau d’une durée de 2 minutes, terrible descente dans les abîmes de la détresse, était la plus fidèle traduction de notre propre existence. Miracle de la musique universelle, incroyable langage de la musique classique qui subitement nous parle, trouve en nous un écho d’une résonance presque parfaite.

Un demi-siècle plus tard, la personnalité sinueuse et obscure d’un certain Sergueï Vassilievitch Rachmaninov est d’une créativité bouillonnante. Son concerto pour piano et orchestre n°2 est habité par l’âme slave, délivrant sous un manteau glacial les élans passionnés de la Grande Russie, celle de l’Empire et des Tsars. Ce morceau, et particulièrement son mouvement lent, me suivra dans ma tombe.

En piochant ailleurs dans l’œuvre, les préludes pour piano, un ensemble complexe de pièces tantôt profondes tantôt aériennes. Une palette d’exercices sur tonalités majeures et mineures, à la façon Bach, Clavier bien tempéré. Le prélude en Sol mineur op.23 n°5, martèle les accords d’une terrible personnalité au rythme d’une marche quasi-militaire, avant de se fondre dans une envolée lyrique, épique et troublante. Un peu plus loin, l’élégie op.3 n°1 endosse parfaitement son nom et ce qu’elle évoque. Le romantisme de Rachmaninov est presque rugueux. Ses notes expriment la mélancolie de l’abandon, la lente asphyxie d’un esprit trop passionné pour être repu. La mélodie revêt une coloration résolument noire, tout en apportant par touches gracieuses, des accords lumineux qui viennent éclairer soudain un tableau de Maître.

Clair-obscur. Vie et mort. Espoir et détresse. L’âme russe. Les steppes de Sibérie. Sergueï Vassilievitch Rachmaninov !

… capitaliste où les plus riches s’enrichissent et les plus pauvres s’appauvrissent. Dans une société où pour exister, il faut consommer et donc dépenser. La plupart du temps on trime pendant un mois pour voir son compte en banque créditer d’un salaire, puis on échange de l’argent issus de ce compte contre des objets de consommation. Un stylo plume, un téléphone portable, un aspirateur, une voiture. Une maison à 300 000 €. Ben oui c’est cher une maison de 90 m² en Ile-de-France ! Tout cela fait de nous des consommateurs fous et matérialistes. Contaminés par la maladie incurable de la grande consommation qui dévore et mâche chaque jour des tonnes du plus grand polluant de la planète : le plastique.

Bien qu’un peu philosophe et contestataire du système à mes heures perdues, je fais moi-même partie du grand monde de la consommation et je subis régulièrement comme tout un chacun, une montée ponctuelle de fièvre qui ne peut se traiter que par l’acte d’achat. Ces fièvres étant toutefois limitées à 1 à 2 par an, fort heureusement. Ces dernières années, sont ainsi rentrés dans mon Capital : un écran plat 97 cm Full HD TNT intégrée, une console de jeux, un aspirateur vapeur qui pèse 10 tonnes, super fastidieux à nettoyer et qui prend la poussière dans le garage, un nouvel aspirateur mais pas vapeur (le meilleur rapport qualité prix de chez Darty)… un piano !

Dernier achat en date : un nouveau VTT. Vue l’ampleur de la dépense, non négligeable, à placer dans l’addition de futurs travaux d’aménagement de combles, la nécessité de revendre mon ancien vélo se fit rapidement sentir.

C’était en 2004, nous venions de nous installer dans notre première maison de Louvres. Il me semble que j’avais reçu des bons d’achat entreprise et nous avions décidé de nous  « équiper vélo ». Premier réflexe du sportif du week-end : Décathlon. Un VTC pour madame, un rock-rider pour monsieur, un grand classique. Je me rappelle avoir hésité avec le modèle de la catégorie supérieure. C’est toujours le même cirque, après avoir réalisé une impitoyable étude de marché et sélectionné LE modèle idéal, voilà  que celui situé juste au dessus (techniquement et donc financièrement) se met à me faire terriblement de l’œil. Mais à l’époque j’avais résisté. Nous avions investi dans les casques, l’antivol, puis chargé difficilement les deux vélos dans la 307 sans avoir anticipé les contraintes géométriques du sujet.

7 ans de bons et loyaux services, 7 ans de vacances de tout type et de tout temps. Les châteaux de la Loire, la campagne lotoise, le bassin d’Arcachon…

Nettoyé, astiqué entièrement dans l’obscurité du dimanche soir, après une ultime sortie aux alentours de Louvres, mon biclou bleu et blanc me semblait avoir retrouvé lundi matin un second souffle, une seconde vie. Je le déposais, l’estomac un peu noué, au Trocathlon de Compiègne pendant la pause de midi de ce même lundi.

Tout à l’heure, je fis un saut sous la tente et aperçus mon beau vélo bleu et blanc toujours exposé à la vente. Après une visite un peu longue dans le magasin afin d’y conforter ma nouvelle étude de marché impitoyable sur les vestes d’hiver et les gants de VTT, je ressortis un peu distrait et me dirigeai vers ma voiture. En chemin j’aperçus un père de famille essayant de charger un vélo dans son monospace familiale. Je vis dépasser la fourche bleue. « Tiens ! Mon vélo ! ». J’échangeai quelques mots avec le bonhomme, qui semblait plutôt fier de son affaire… « C’est pour mon fils ! »

Je ne versais pas de larmes, mais le cœur y était.

Au moins je sais que ce soir il y a deux yeux qui brillent.

 

… ou “Comment devenir un pirate” version manga japonais.

Cher Mathieu,

Tout d’abord je tiens à te remercier une fois de plus pour ta présence toujours très appréciée, à l’occasion de mon 32ème anniv’. Je connais l’abnégation qu’il te faut trouver au fond de toi pour oser franchir les limites du périphérique parisien pour venir t’aventurer dans la banlieue campagnarde de Louvres, après avoir parcouru une sorte de no man’s land mi-industriel dont le ciel est rayé du cirque incessant des aéronefs de Charles De Gaulle.

Je te remercie également pour le cadeau que tu m’as offert avec tant d’enthousiasme et que j’ai immédiatement placé sur ma table de chevet, bien décidé à découvrir un univers jusque là quasi inconnu : le manga. Ces 4 premiers tomes de “One piece” ont patienté quelques jours, temps nécessaire à ce que je termine un ouvrage historique de référence écrit par Antony Beevor retraçant heure par heure “La chute de Berlin” en 1945.  Il faut immédiatement souligner le contraste saisissant qui peut exister entre la brutalité de ce documentaire édifiant d’une part, et la légèreté du manga d’autre part.

Pour te donner quelques références d’atmosphères sur “La chute de Berlin”, imagine un camarade Staline déjà au sommet de sa mégalomanie poussant ses généraux à un antagonisme meurtrier, les emprisonnant dans une course effrénée à la destruction du centre névralgique du 3ème Reich, et se rendant totalement malade en imaginant une seule seconde que les capitalistes américains soient en mesure d’y parvenir avant eux. L’avenir de l’Europe toute entière est déjà en train de se jouer. Dans cette avancée titanesque d’une armée de soviétiques ivres de vengeance (cf Stalingrad), globalement alcooliques et totalement étrangers à la discipline, des milliers de soldats russes périrent écrasés sous les chenilles de leurs propres chars, du déchainement apocalyptique de leur propre artillerie ou bien encore des alcools et dérivés ingérés au fil des conquêtes industrielles du territoire allemand. Au passage, viols collectifs et individuels de femmes, filles et grands-mères. Coté allemand, le grand déclin. Un führer fou à lier qui croit encore en la possibilité d’une contre-attaque par une armée pourtant décimée et exsangue, des généraux qui appuient sur la gâchette comme des dominos, et des SS qui se suicident en groupe. Inutile de dire qu’à force de m’imprégner de telles tragédies, je frise toujours l’AVC devant un épisode de “Band of brothers”, vouant à ces foutus commandos parachutistes américains une admiration sans limite pour avoir su endurer tout ça. Merci les gars, on vous revaudra ça.

Bref, tu auras compris que “One piece” aura su m’apporter un grand souffle de fraîcheur. J’ai su me laisser convaincre par le voyage de ce jeune Luffy doué de pouvoirs élastiques incroyables, parti pour recruter son équipage de pirates, afin de retrouver un trésor fabuleux, le fameux “One piece”.  Si on commence par les choses qui me plaisent, je soulignerais tout d’abord le “hardware” : super format, ultra agréable, reliure souple et petite taille rendant la lecture vraiment agréable pour le créneau 22h/23h au fond du lit. Les couvertures sont vraiment chouettes, pleines de vie et de couleurs : elles incitent à la lecture, sans aucun doute. Globalement le sujet est posé en quelques pages, l’histoire est installée sans difficultés et il faut souligner une trame assez épurée qui sait tenir le lecteur en haleine et rend les personnages assez attachants.

Du coté revers de la médaille, je regrette l’amalgame entre pirates et corsaires, poussant le vice jusqu’à présenter l’idée que les vikings représentaient une certaine forme de piraterie. Face à ma psychorigidité d’homme féru d’histoire, la pilule a du mal à passer. Le découpage du récit est d’autre part assez perturbant : les chapitres sectionnent parfois les scènes d’action, façon TF1 (ou façon dessins animés, finalement c’est assez cohérent). Les illustrations des chapitres sont par ailleurs déconnectées de leur contenu et sont toujours un délire de l’auteur plutôt qu’une réelle illustration. Tous ces détails mis à part, il faut une ouverture d’esprit assez caractérisée pour suivre l’inspiration foncièrement loufoque d’un auteur qui se laisse manifestement aller à tous les délires. J’ai encore du mal à me remettre du personnage de “Morgan le bûcheron, colonel de la Marine”, qui a une mâchoire en acier et une hache à la place du bras droit. Et je souris en relisant un passage du résumé du 1er tome, qui donne une assez bonne idée de la tonalité générale du manga : “Un beau jour Luffy mangea par mégarde l’un des “fruits du démon” que Shanks conservait dans son butin. Ainsi, bien qu’il ne puisse plus jamais nager, Luffy acquit des facultés extraordinaires car son corps devint élastique ! Hélas, peu de temps après cet évènement il s’attira la colère d’une bande de brigands des montagnes qui disaient du mal de Shanks et de son équipage. En un rien de temps, Luffy se retrouva ficelé comme un saucisson et le chef des brigands le balança au milieu de l’océan…”

Peut-être ai-je un peu perdu mon âme d’enfant, sans laquelle je n’ai plus la faculté de me passionner pour ce type de lecture. Ou peut-être justement ce genre de lecture permet-il de retrouver un peu son âme d’enfant.

Merci en tout cas pour cette découverte. Sans aller forcément jusqu’au 100ième numéro de “One piece”, la curiosité me poussera à m’arrêter la prochaine fois devant un rayon dont j’occultais totalement l’existence jusqu’à présent.

place Jean Monnet, à Louvres, enfourchez votre vélo.

Dirigez-vous vers l’arrière du lotissement et longez le petit chemin qui mène aux nouveaux bassins de rétention. A leur extrémité vous emprunterez un autre chemin de terre bordé d’herbe longeant les belles demeures du dernier quartier de Louvres, puis roulez le long du petit bout de forêt abritant le parcours sportif. A l’extrémité de ce chemin vous buterez contre la talus de la départemental 9 et emprunterez le tunnel permettant de remonter vers Puiseux village. Sur la rue pavée apparaissant sur votre droite, gagnez les champs et laissez vous guider par le petit détour qui revient finalement à la sortie de Puiseux. A quelques dizaines de mètres débute l’ascension menant à Châtenay-en-France. Buvez. Vous venez de franchir la première épreuve du parcours.

Continuant sur la route principale, vous dépasserez le château puis prendrez le chemin un peu sombre à l’entrée de la forêt. Une longue descente au milieu des arbres vous mène à la croisée de quatre chemins au milieu des champs, dont vous prendrez la route qui vous fait face. Moyennant quelques coups de pédales vous remonterez aisément à l’entrée du bois de Jagny. Le chemin descendant qui débute à votre droite vous amènera, par le biais d’une descente sportive, à l’extrémité du Golfe de Bellefontaine. Laissant à votre gauche les polos-pantalons beiges-chaussures blanches taper dans la balle, continuez de vous crotter et gagnez la route en direction du Plessis-Luzarches. A l’entrée du village, prenez à gauche en direction du prochain village. Buvez.

Il s’agit là de la partie la moins agréable du parcours, il vous faudra faire preuve de courage, d’abnégation et de ressource physique pour parcourir les quelques kilomètres, à contre-vent, en direction de Jagny. Au bas de la pente, buvez à nouveau. Montez. Quelle sortie de merde, je sais. La pente est horriblement longue, et après 9 km, vous vous demandez certainement ce que vous foutez là, plutôt qu’à faire une sieste dans votre canapé devant l’athlétisme.

Atteindre le petite village de Jagny-sous-Bois constitue une grande étape de votre échappée. A la sortie du village, profitez de la minute culturelle de la sortie, qui sera l’occasion de reposer vos gambettes : observez à votre droite l’étonnante tour qui aurait pu, en bord de mer, passer pour un phare. Mais ici nous sommes dans le 9.5, en banlieue parisienne, et à part “nique ta mère” et la base de loisirs de Cergy-Pontoise, point de mer en vue. Au pied de la tour, vous constaterez que la porte est fermée et vous empêche d’accéder au petit belvédère donnant certainement vue sur la nationale 104. Buvez, repartez.

Vous vous dirigerez ensuite vers Châtenay-en-France (mais dans l’autre sens). Ce qui est imparable dans une ballade, c’est qu’on revient toujours par là d’où on vient. Acceptez de vous faire doubler par un tracteur. La montée vous paraîtra longue, mais dites-vous que c’est la dernière du parcours ! Dans la descente menant à Puiseux village, serrez les dents lorsque votre chaîne se coince et n’en voulez pas trop à votre ami qui a bidouillé votre vélo le week-end précédant. Retournez-vous et observez le rideau de pluie surmonté d’un écran noir qui semble vouloir vous rattraper. Constatez que Météo France ne s’était pas trompée en annonçant une alerte de violents orages en fin de journée. Faites une rapide estimation du rapport bénéfice/risque de vous arrêter enfiler votre k-way(r) ou bien de prendre vos jambes (vos pédales) à votre cou. Acceptez finalement de vous faire doubler par la pluie et continuez de pédaler complètement trempé.

Buvez (dans votre gourde ou en ouvrant la bouche vers le haut, sans perdre la notion d’équilibre sur votre vélo). Tâchez d’oublier vos cuisses qui vous disent adieu, et pédaler jusqu’au point d’arrivée.

Prenez une douche.

16 km. Félicitations. Vous venez de démontrer que vous êtes bien le petit sportif du dimanche dont vous pourrez faire l’éloge au bureau, le lundi matin.

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